Quatre mains – 30

Quatre mains, une séquence – 30

Pour chaque séquence d’enchères, indiquez laquelle (ou lesquelles) des quatre mains de Sud peut correspondre.

Votre partenaire fait une enchère forcing. Vous êtes donc obligé de parler… mais votre adversaire de droite sort alors un carton qui n’est pas vert. Du coup, vous avez la possibilité de passer puisque votre partenaire va forcément retrouver la parole. Si vous parlez, vous le faites donc librement et non plus sous la contrainte, ce qui change beaucoup de choses.

Examinons ce principe fondamental aux moyens d’exemples :

ONES
1
-11♠2♣

main n° 1

Sud
  • 5
  • A54
  • RD963
  • A874

main n° 2

Sud
  • D2
  • R4
  • RV854
  • RV63

main n° 3

Sud
  • 8
  • 54
  • ADV54
  • RV963

main n° 4

Sud
  • A54
  • 5
  • ARV63
  • ADV4

Vous le savez, dès qu’on entre en enchères à quatre, la distribution prime sur la force. 2♣ reste ici un bicolore économique, donc assez ambigu en force, mais comme il est devenu « libre », on ne va l’utiliser qu’avec l’envie de dire 2♣. Et, entre les mains 2 et 3, avec laquelle avez-vous « envie » de dire 2♣ ? Avec la 3, évidemment, dont la distribution 5-5 aux honneurs concentrés dans les longues peut nous laisser espérer avoir intérêt à surenchérir à haut palier, tant elle est plus efficace en face du mort qu’en flanc. Avec la 2, c’est l’inverse : on ne doit avoir qu’une envie : laisser jouer (et chuter) l’adversaire. Pour augmenter les chances de parvenir à bon port dans les deux cas, il faut donc dire 2♣ avec la 3 et passe avec la 2.

La 4 est trop forte pour un bicolore économique. Il faut donc imposer la manche en jumpant à 3♣, bicolore à saut qui ne garantit nullement un 5-5 en face d’une réponse au palier de 1.

Quant à la 1, elle se traite mieux par un « Contre de soutien » qui promet exactement trois cartes dans la majeure de réponse et, on l’oublie souvent, au moins cinq dans la couleur d’ouverture, à tendance irrégulère (ou régulière 18-19).

ONES
1
-1♠2♣2

main n° 1

Sud
  • 4
  • AD42
  • AR963
  • 963

main n° 2

Sud
  • R4
  • 85
  • RV9632
  • A42

main n° 3

Sud
  • R87
  • A2
  • RDV96
  • 963

main n° 4

Sud
  • A42
  • 8
  • AR9632
  • R54

Si Est avait passé, vous auriez dit 2 avec la 1 (non, pas 1SA avec un singleton !), la 2 et la 4, mais pas avec la 3, régulière, avec laquelle 1SA s’impose.

Quand Est intervient, il n’est plus question de dire 2 librement avec la 1 qui n’a que cinq cartes à Carreau. Comme 2 resterait évidemment un bicolore cher (l’intervention d’Est n’ajoute pas des points à Nord !), il faut passer et laisser Nord décider s’il réveille.
Pas question non plus de dire 2 avec la 3, toujours aussi régulière. Là encore, il faut passer car on est un peu juste pour un Contre de soutien… même s’il ne serait pas horrifiant ici.

On en déduit que cette répétition libre de la mineure d’ouverture garantit toujours six cartes… mais peut-elle s’employer avec une ouverture très minimum comme la 2 ? A mon avis, oui. Si on ne montre pas les six Carreaux vite, on risque de se faire déborder par Ouest. N’oubliez pas : en enchères à quatre, la distribution prime sur la force.

Avec la 4, enfin, le Contre de soutien, qui montre trois cartes à Pique et une main a priori irrégulière (donc au moins cinq cartes à Carreau, sauf main 18-19), est prioritaire sur la répétition des Carreaux.

ONES
1
-1♠23

main n° 1

Sud
  • A2
  • R4
  • ADV872
  • 963

main n° 2

Sud
  • R4
  • 85
  • RV9632
  • A42

main n° 3

Sud
  • A4
  • 63
  • ARV963
  • A105

main n° 4

Sud
  • D4
  • 8
  • RD109742
  • A42

Si Est avait passé, on aurait dit 2 avec la 1, la 2 et la 4 et 3 avec la 3.

L’intervention à 2 supprime l’enchère de 2 et transforme celle de 3 en répétition sans saut. Il faut donc s’adapter, mais sans y laisser trop de plumes dans la précision tout de même. Avec la 2, par exemple, qui justifiait une répétition libre au palier de 2, il faut maintenant passer. Mais franchement, a-t-on envie de passer avec la 2 et la 4 ? Certes non. Allons-y donc pour 3… mais que faire alors de la 3 ? Dire 3 aussi risque de nous faire manquer de bons 3SA, Nord passant avec 8-9 points et un arrêt à Cœur, par crainte de tomber sur la 1 ou la 4 ? L’autre solution serait de convenir que le Contre ne promet pas toujours trois cartes à Pique, soit (ce qui est déjà standard), dans le cas d’une main régulière 18-19, soit, comme ici, avec des mains irrégulières inannonçables. C’est une option intéressante mais hyper délicate à manœuvrer et qui nécessite une lourde mise au point. Nous verrons peut-être ça un autre jour sur ce site… 🙂

ONES
1
-11♠1SA

main n° 1

Sud
  • AD2
  • R4
  • D963
  • DV96

main n° 2

Sud
  • AV10
  • R42
  • AD963
  • 42

main n° 3

Sud
  • AV109
  • R4
  • A963
  • D74

main n° 4

Sud
  • V87
  • AD2
  • RV96
  • R63

Première remarque : cette redemande est très dangereuse. En effet, il arrivera assez fréquemment que Nord ait répondu très faible et qu’Ouest ait passé avec des Carreaux et une valeur d’ouverture. Dans ce cas, vous allez vous faire contrer à 1SA et ça peut être saignant. Il faut donc impérativement une main maximum, 14 points, 13 très beaux. Faut-il un arrêt à Pique ? Bien sûr. Ne confondez pas avec l’enchère de 1SA quand vous êtes obligé de parler ou n’avez pas d’enchère alternative. Ici, rien ne vous empêche de passer avec une main régulière de première zone. Exit donc la 4.

A votre probable grande surprise, nous allons aussi éliminer la 1 car, bizarrement, la bonne main pour jouer les Sans-Atout n’est sans doute pas la vôtre ! Imaginez RV9xx en Est et le 10 second ou troisième en Nord. Si vous jouez le coup, vous arrêtez les Piques deux fois… contre trois fois pour Nord, qui fera son 10 à la première levée ! Il est donc plus habile de passer. Si Nord réveille par 1SA (chez lui, en revanche, l’enchère ne garantira absolument pas un arrêt à Pique), on jouera de la bonne main. S’il réveille par Contre, vous direz évidemment 1SA.

Avec la 3 et la 2, il n’y a pas de possibilité de laisser filer l’entame vers Nord puisque vous n’avez pas de petit Pique. Vous pouvez donc dire 1SA librement… sauf si, comme moi, vous avez adopté une convention que nous devons, je crois, à Willou Libbrecht, qui impose en plus d’avoir cinq cartes dans la mineure d’ouverture, réservant alors l’enchère à la main 2. De plus, avec la 3, si Est est vulnérable, il est peut-être plus malin de passer et de transformer en punitif un éventuel réveil par Contre du partenaire.

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Professeur agréé par la F.F.B, Marc Kerlero enseigne le bridge depuis 1980. Il est l'auteur de 15 ouvrages, dont plusieurs best-sellers et a été rédacteur en chef d'Objectif 13 puis de Bridgerama. Il a collaboré aussi à Jouer Bridge. Il a été champion d'Europe junior en 1984, vice-champion de France de division nationale I en 2004, champion de France de division nationale II par quatre en 2014 et vainqueur de la Coupe de France en 2019.