La main d’en face – 33 – VIP

La main d’en face – 33

Votre camp est fitté à Pique. A un moment de la séquence, votre partenaire dit 4♠.

S’agit-il d’un stop sur lequel vous devez passer au garde-à-vous ou êtes-vous autorisé à reparler ?

ONES
1♣-
1♠-4♠

La réponse de 1♠ est très ambiguë en force : à partir de 5-6 points, mais sans aucune limite supérieure (si ce n’est celle des 28 ou 29 H restants, bien sûr ! 🙂 ).

L’ouvreur est donc le moussaillon de la séquence et aucune de ses enchères ne pourra être un stop. Ici, il décrit simplement une main de zone 3 (18-19 H, 17 très beaux), sans petit singleton avec lequel faire un Splinter (mais un As ou un Roi sec est possible) et avec cinq belles cartes à Trèfle (sans lesquelles il dirait 3SA fitté conventionnel *). Au répondant de décider si ça lui suffit pour envisager un chelem ou pas.

* Attention : certains experts inversent les significations de 4♠ et 3SA. Soyez sur la même longueur d’ondes que votre partenaire.

Est
  • AV54
  • R2
  • R4
  • ADV96

Avec un Trèfle de moins ou une couleur de moindre qualité, préférez le 3SA conventionnel.

ONES
1SA-2♣-
2SA-3-
3♠-4♠

3 : sous-Texas pour les Piques.
3♠ : obligatoire.

Dans le SEF, sur ce début de séquence, on utilise ce sous-Texas avec les mains d’environ 8 points, le partenaire disant 3♠ minimum et 4♠ maximum. Avec une main de chelem, on dit 3♠ sur 2SA.

C’est une très mauvaise façon de procéder et il faut absolument faire l’inverse, pour deux raisons :
1) Il faut jouer les chelems de la main de l’ouvreur de 1SA. C’est beaucoup plus important que les manches ou les partielles.
2) Les sous-Texas permettent de gagner de l’espace, très utiles pour les développements de chelem.

Ainsi, sur ce début, le répondant peut dire :
– 3SA pour déclencher les contrôles,
– 4♣, 4 ou 4 pour décrire un singleton et demander à l’ouvreur de s’arrêter à 4♠ s’il a des points perdus.
– 4♠ pour faire une simple proposition au poids : l’ouvreur passera avec une main minimum et reparlera avec une main maximum (en posant le BW).

Est
  • RV54
  • A92
  • D4
  • AV103
ONES
1♣-
1♠-1SA-
3♠-4♣-
4-4♠

3♠ est une enchère de chelem avec au moins six cartes à Pique solides (avec une couleur médiocre, transitez par un Roudi avant de dire 3♠), 4♣ et 4 sont des contrôles.

En disant 4♠, l’ouvreur-moussaillon prévient son capitaine qu’il ne contrôle pas les Cœurs et qu’il n’a pas non plus une main très enthousiasmante, avec laquelle il pourrait dépasser 4♠ en disant 5♣ ou 5, par exemple.

Libre au répondant-capitaine de reparler ou pas sur 4♠.

Est
  • D42
  • DV4
  • V42
  • AR96

Pas de contrôle à Cœur et rien de bien enthousiasmant. On dirait 5♣ avec :

Est
  • R42
  • 64
  • R42
  • AR1064

On ne devrait pas être en danger au palier de 5, même s’il y a deux Cœurs perdants.

ONES
1♣-
1♠-1SA-
3-4♠

Le répondant a décrit un bicolore majeur au moins 5-5 et des velléités de chelem. Rappelons qu’avec un 5-4 ou un 6-4, on commence par un Roudi et qu’avec un 5-5 de manche, on dit 4 sur 1SA.

L’ouvreur est censé réagir ainsi :
– 3♠ : fit à Pique.
– 3SA : pas de fit (2-2 en majeures).
– 4♣ ou 4 : contrôles avec fit implicite à Cœur (celui qui n’est pas exprimable économiquement).

L’enchère de 4♠ est donc une apparente mutinerie ! En fait, elle peut s’expliquer comme signal d’alarme : « tu penses que j’ai entre 12 et 14 H, mais en fait, je ne les ai plus car ma main s’est fortement dévaluée par la connaissance d’un bicolore majeur chez toi, en raison d’un trop grand nombre de points mineurs inutiles ».

Le répondant pourra donc reparler sur 4♠, mais seulement avec une bombe atomique, évaluée à 22 ou 23 points !

Est
  • V84
  • D95
  • RV8
  • RD62

12 points au départ, plus beaucoup maintenant et une seule toute petite couvrante… le bateau prend l’eau et le capitaine fonce dans l’iceberg ! Il faut essayer de le prévenir en faisant une enchère « anormale ».

ONES
2♣-2-
2♠-4♠

L’ouvreur de 2♣ fort indéterminé est moussaillon, car sa force est connue dans des limites relativement étroites (ici, de 18 H à 21 H avec six cartes à Pique ou 21-22 (20 très beaux) avec cinq). L’enchère de 4♠ est donc une conclusion et l’ouvreur ne peut reparler sous aucun autre prétexte que celui d’avoir retrouvé l’As de Carreau planqué jusqu’à présent sous le 2 de Trèfle 🙂 !

Est
  • 854
  • 62
  • RV54
  • V963

De quoi jouer la manche mais aucun espoir de monter plus haut.

ONES
2-2-
2♠-4♠

En revanche, l’ouvreur de 2 forcing de manche est capitaine, car sa force ne connait pas de limite supérieure (il peut avoir douze levées dans la main). L’enchère de 4♠ est donc l’expression d’une main fittée mais nulle : même pas un Roi ou un singleton à se mettre sous la dent.

L’ouvreur peut reparler, mais à condition d’avoir au moins onze levées dans son jeu et besoin de trois fois rien pour aller à douze.

Est
  • 854
  • 62
  • D954
  • V963

Le maximum !

ONES
1♣-
1♠-3♣-
3♠-4♠

En disant 3♠, le répondant promet ici de quoi jouer au moins une manche (sans limite supérieure) et six cartes à Pique (car il pourrait dire 3 ou 3). Sur des séquences moins économiques (1 1 3 par exemple), il pourrait n’en avoir que cinq.

En plein misfit, l’ouvreur pourrait dire 3SA (ou, plus rarement, 4♣).

Avec une bonne main bien fittée (trois cartes, gros honneur second), il pourrait nommer un contrôle (4, 4), le fit à Pique étant alors logiquement implicite.

4♠ montre donc une main mal fittée (deux petites cartes, honneur sec). Bien entendu, libre au répondant (qui n’a pas limité sa main) de reparler, si ça lui suffit pour aller au chelem.

Est
  • R
  • 85
  • AD2
  • AD98762

3SA est impossible avec xx et le Roi sec est un soutien très correct sur cette séquence.

ONES
1♠-2-
2SA-4♠

Dans le système standard, 2SA est une redemande très précise, en force et en distribution : 15-17 H, 5332 (parfois 5422 avec quatre mauvais Trèfles). 4♠ est donc un stop absolu.

Est
  • 874
  • AD2
  • RV872
  • DV

Aucun espoir raisonnable de faire douze levées.

ONES
1♠-2-
2♠-4♠

En revanche, bien que moins ambiguë qu’un bicolore économique, la répétition reste une redemande assez floue, en force et en distribution : à partir de 12 H réguliers, mais pouvant monter jusqu’à 15 ou 16 en cas de bicolore noir. Si la main est unicolore, on peut avoir 11 H mais aussi monter assez haut si la couleur n’est pas assez belle pour un jump à 3♠.

Bref, la redemande n’est pas assez précise pour que 4♠ constitue un arrêt absolu, même si l’enchère est, bien évidemment, moins forte que 3♠.

A noter que, si vous jouez un système performant de réponses fittées (du genre fitmaj turbo 🙂 ), le répondant a toujours cinq beaux Trèfles quand il utilise cette séquence (avec une main plate 12-15 H, il répond 3♣ s’il n’a que trois atouts et 2SA s’il en a quatre). C’est évidemment un élément de décision fondamental pour permette à l’ouvreur de reparler.

Est
  • A542
  • 85
  • 74
  • ADV85

L’ouvreur posera le Blackwood s’il a, par exemple :

Ouest
  • RV8763
  • 7
  • AR5
  • R96

Bien sûr, en « standard de base », reparler est moins net car le répondant pourrait avoir 12 points 4432. Comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, vous pouvez suivre ce lien pour voir ou revoir le fitmaj turbo 🙂

ONES
1♠-2♣-
2♠-3-
3SA-4♠

La bonne question à se poser est : si le répondant voulait jouer 4♠ et rien d’autre (sauf, comme nous venons de le voir, avec une main très maximum et réévaluée), pourquoi n’a-t-il pas dit 4♠ sur 2♠ ?

La réponse est dans le principe de la vitesse d’atteinte : plus on va lentement pour aller quelque part, plus on pense à aller plus loin.

On en déduit que cette séquence est une légère incitation au chelem.
Mais alors, me direz-vous fort à propos, pourquoi n’a-t-il pas dit 3♠ sur 2♠ ?
Excellente question, Mr Elkabach, je vous remercie de me l’avoir posée !
Parce que 3♠ sur 2♠ promet non seulement un espoir de chelem, mais aussi, ce qui est moins connu, un fit de bonne qualité (quatre atouts ou gros honneur troisième a minima).

On en déduit qu’Est possède un espoir de chelem, mais avec un très mauvais fit. Comme il disposerait aussi de l’enchère « impossible » de 4 pour montrer en plus un contrôle dans la couleur (et là encore, un mauvais fit implicite à Pique), on apprend aussi qu’il ne contrôle pas les Cœurs.

Est
  • 854
  • 54
  • AR2
  • ARD87

L’ouvreur pourra donc reparler, mais assez rarement, car il lui faudra à la fois une main maximum, de très beaux atouts et un contrôle à Cœur :

Ouest
  • ARD96
  • AV8
  • 963
  • 52
ONES
1♠-2♣-
2♠-3-
3♠-4♠

La bonne question à se poser est toujours la même : pourquoi le répondant n’a-t-il pas dit 4♠ sur 2♠ ?

Mais, cette fois, la réponse est différente : il ne savait pas encore qu’on était fitté (2♠ n’a jamais promis six cartes). Maintenant qu’il sait que l’ouvreur a six Piques, il conclut à 4♠ (dans deux cartes, voire un honneur sec ou, à l’extrême limite, un petit singleton s’il ne peut vraiment pas dire 3SA) et l’ouvreur doit passer.

Est
  • 84
  • 654
  • AR42
  • AV87

Remarque : avec notre Est précédent (espoir de chelem mais très mauvais fit) :

Est
  • 854
  • 54
  • AR2
  • ARD87

Il faut maintenant jumper à 5♠ pour exprimer l’espoir de chelem (toujours sans contrôle à Cœur, avec lequel on dirait 4).

ONES
1♣-1♠-
3♠-4♣-
4-4♠

3♠ était l’expression précise d’un fit à Pique dans une main irrégulière de zone 2, enchère typique de moussaillon. 4♣ contrôle (As ou Roi puisqu’il s’agit de la couleur longue principale du partenaire) était l’enchère déclic pour les investigations de chelem et 4 la réponse polie du moussaillon : je contrôle les Cœurs mais pas les Carreaux (couleur dépassée). Le retour à 4♠ du capitaine s’explique tout naturellement : tu ne contrôles pas les Carreaux, moi non plus (ou, si je les contrôle, je pense que l’absence de contrôle chez toi nous mettrait en danger trop rapidement au niveau du chelem).

L’enchère est donc bien un stop.

Est
  • AR8542
  • RD
  • 872
  • R4

On a probablement une quinzaine de levées potentielles… une fois que les adversaires auront fait les deux ou trois premières à Carreau.

ONES
1♣-1♠-
3♠-4♣-
4-4♠

Cette fois, l’enchère de 4 laisse planer le doute sur la présence d’un contrôle à Cœur chez l’ouvreur. Ce qui est clair, c’est que le répondant n’a pas ce contrôle quand il dit 4♠ puisque, s’il l’avait, il pourrait soit dire 4, soit poser le Blackwood. Mais il faut comprendre aussi qu’il n’a pas beaucoup de réserves et que son enchère de 4♠ n’oblige pas l’ouvreur à reparler s’il l’a.

En fait, on peut hiérarchiser les enchères du répondant sur 4 de la façon suivante :

1) Avec un contrôle à Cœur : 4SA ou 4.

2) Sans contrôle à Cœur : 4♠ (le plus faible : pour reparler, il faut que tu aies le contrôle à Cœur et une belle main maximum), 5♣ ou 5 (plus fort) et 5♠ (carrément interrogatif : as-tu le contrôle à Cœur ? Ca me suffit pour jouer le chelem).

Est
  • RV54
  • 875
  • RD2
  • R96

On a fait un effort au nom du Roi de Trèfle, mais on est loin de compter douze levées, même avec un contrôle à Cœur en face. L’ouvreur reparlera avec des cartes miracles, du genre :

Ouest
  • AD107
  • 6
  • A84
  • AD1074

De beaux atouts, des Trèfles maîtres ou quasiment quand le partenaire a le Roi (4♣), le singleton en face de « rien » chez le partenaire… on ne peut pas avoir mieux.

Mais il passera sur 4♠ avec :

Ouest
  • A763
  • AD6
  • 4
  • AV874

Il va forcément manquer au moins deux cartes cruciales.

ONES
1♣-
1♠-3♠-
4♣-4-
4-4♠

En nommant le « dernier contrôle », Ouest (capitaine) indique qu’il ne peut pas poser le Blackwood, pour une raison ou pour une autre. Ca peut être une question de qualité des atouts insuffisante, une chicane qui rendrait la réponse inexploitable… mais, le plus souvent, c’est juste une question de force. Ouest s’est estimé en zone « espoir de chelem », mais sans certitude, en dépit de la précision de l’enchère de 3♠.

4♠ est donc ici un message décourageant, montrant que l’ouvreur (moussaillon) estime n’avoir « rien de plus que déjà promis ».

Le partenaire passera s’il a dit 4 pour des raisons de force et, probablement aussi par crainte des atouts. En revanche, si c’est juste la présence d’une chicane qui l’a empêché de poser le Blackwood, il reparlera.

Est
  • R954
  • RV4
  • A
  • RV542

15 H seulement dont un mauvais As sec, des atouts et des Trèfles percés… à l’Est, rien de nouveau.

On poserait le Blackwood avec :

Est
  • RD54
  • A74
  • 5
  • RDV54

Remarque : poser le BW sur 4 eût constitué une mutinerie ! Le moussaillon ne peut prendre les commandes du navire que si le capitaine a abandonné son poste, mille sabords !

ONES
1♠-2♣-
2♠-3♠-
4♣-4-
4-4♠

Est (capitaine) a suggéré le chelem en disant 3♠. Ouest a montré une main correcte (puisqu’il n’a dit ni 4♠ poubelle, ni 3SA « good bad ») avec l’As ou le Roi de Trèfle (on ne nomme pas les mauvais singletons dans la couleur principale du partenaire). Sur 4 contrôle, Ouest a, toujours poliment, montré son contrôle à Cœur (ce n’était pas à lui, moussaillon, de poser le Blackwood). Tout a donc l’air de se passer le mieux du monde… et là, coupure de courant, le capitaine revient à 4♠.

Que pasa ?

Tout simplement que, comme sur la séquence précédente, le capitaine estime en avoir « assez fait ». Il était en zone « espoir de chelem », pas « certitude » et, si posséder tous les contrôles permet de savoir qu’on ne perdra pas les deux premières levées, ça ne nous assure pas de faire les douze suivantes !
On touche ici certainement la partie la plus délicate et la plus « fine » des enchères de chelem : déclencher les contrôles, s’apercevoir qu’on les a tous… et envisager de s’arrêter quand même ! De la dentelle de Calais…

Le répondant, ayant ainsi récupéré la casquette dorée qui traînait par terre sur le pont, devra maintenant regarder sa main attentivement et se demander : est-ce que j’ai mieux que promis ? Si oui, il reparlera. Si non, on jouera 4♠.

Est
  • R42
  • D96
  • AD7
  • AD63

On avait trop de jeu pour la réponse de 3♣ du fitmaj turbo (régulier, 12-15 H, fit troisième), encore trop pour dire 4♠ sur 2♠… mais de là à dire 6♠, il y a une marge ! il est temps de freiner.

L’ouvreur reparlera avec :

Ouest
  • AD9653
  • 7
  • RV2
  • RV7

Un sixième Pique, un bon singleton, que des honneurs utiles…

Mais il passera avec :

Ouest
  • A9653
  • R74
  • RV2
  • R7

Pas l’ombre d’une plus-value.

Professeur agréé par la F.F.B, Marc Kerlero enseigne le bridge depuis 1980. Il est l'auteur de 15 ouvrages, dont plusieurs best-sellers et a été rédacteur en chef d'Objectif 13 puis de Bridgerama. Il collabore aujourd'hui aussi à Jouer Bridge. Il a été champion d'Europe junior en 1984, vice-champion de France de division nationale I en 2004, champion de France de division nationale II par quatre en 2014 et vainqueur de la Coupe de France en 2019.