Division Nationale 2 par paires

Division Nationale 2 par paires

On entend souvent dire que le bridge « pur », c’est le match par quatre et que le tournoi par paires n’est qu’un repère de terroristes où la chance joue le premier rôle.

Il est vrai qu’en match par quatre, l’équipe dispose d’un représentant aux quatre coins cardinaux. Elle peut donc influer sur les choix de tout le monde. Par paires, quand vous êtes en Nord-Sud, vous ne maîtrisez absolument pas ce que les Est-Ouest vont faire avec leurs jeux, que ce soit à votre table ou aux autres. Du coup, vous pouvez vous faire « trimbaler » par vos adversaires, brillants ou chanceux et prendre des tonnes de zéros contre lesquels vous n’avez eu aucun recours. C’est exact, mais ce phénomène est surtout vrai dans des tournois hétérogènes et/ou de niveau faible ou moyen. En division nationale, même 2, tout le monde joue très bien et la paire qui terminera dernière est composée de deux excellents joueurs de bridge. Du coup, la part du hasard dans le résultat d’une paire est considérablement plus faible que d’habitude car on ne se fait pas planter des zéros par des adversaires qui font des trucs idiots… ou du moins, c’est rare. On ne peut pas mal terminer en division nationale et dire : c’est à cause de la malchance. Celle-ci a pu vous entraîner à la 30e place alors qu’en ayant été plus veinards, vous auriez fini 20e, mais pas plus.

Et le gros avantage du tournoi par paires, c’est que toutes les donnes ont le même poids. Vous pouvez « respirer » un 7SA rarement demandé à la donne 23 et sortir de la table avec la moyenne en faisant une surlevée au contrat de 2 à la donne 24. En match par quatre, il en faut des surlevées pour compenser les 13 points perdus à 7SA !

Pour bien comprendre ce qui va suivre, vous devez savoir qu’il y a 44 paires en DN1 et 44 en DN2. A l’issue des deux week-ends, les 14 derniers de DN1 et de DN2 descendent dans la division inférieure mais il n’y a que les 11 premiers de DN2 qui montent sûrement en DN1, trois places étant prévues pour caser des paires reconstituées.

On joue donc 43 positions de deux donnes par week-end (chaque paire rencontre toutes les autres), en passant de Nord-Sud à Est-Ouest selon les positions. Toutes les tables jouent les mêmes donnes en même temps, ce qui permet de suivre l’évolution de son classement à chaque tour.

Les pourcentages vont sans doute vous étonner, mais à ce niveau, réaliser 60% sur une séance est à la limite de l’exploit ! Pour terminer dans les 11 premiers et monter en DN1, il faudra faire aux alentours de 52% de moyenne sur les six séances. Avec 54, vous êtes grand favori pour monter sur le podium.

En ce qui me concerne, je passe mon temps à faire le yoyo entre les deux divisions car j’ai (malheureusement) beaucoup changé de partenaire ces dernières années. Mes meilleurs résultats ont été deux fois 7e et une fois 10e en DN1, une fois 2nd et une fois 4e en DN2.

Cette année, j’inaugure un nouveau partenariat avec Bruno Lorrain. Samedi 5 mars, nous avons joué notre première donne l’un en face de l’autre, si l’on fait abstraction de trois entraînements sur BBO. Evidemment, ce n’est pas l’idéal mais, d’un autre côté, comme il n’y a rien de plus éprouvant qu’un tournoi par paires fort où chaque levée perdue vous entraîne directement vers le zéro, ce sera une bonne occasion de tester la viabilité de la paire !

Bruno Lorrain

Quand on joue soi-même une épreuve, il est impossible de faire un reportage exhaustif, en allant interviewer les autres participants pour qu’ils vous racontent leurs meilleures donnes. Je vous propose donc de vous faire vivre notre propre partie, donne par donne, en nous arrêtant plus longuement sur les plus intéressantes. Et vous allez constater, j’espère que ça vous rassurera, que vous allez voir bien plus d’erreurs et de mauvaises décisions que de coups brillants ! Surtout de ma part. Le but de cet article n’est pas de me mettre en valeur, mais de vous faire partager un moment d’émotion et de vous mettre en situation vécue. Je vous mettrai en condition en vous demandant ce que vous auriez fait à la place de l’un ou l’autre d’entre nous ou d’un de nos adversaires.

Une dernière chose avant de partir : il y a un réel écart de niveau entre la DN1 et la DN2. Néanmoins, même en DN2, on croise du beau monde :

A gauche, Marc BOMPIS, champion du monde,  sextuple champion de France de DN1 par paires, excusez du peu !

Au milieu, Hervé VINCIGUERRA, champion de France et son partenaire aujourd’hui.

A droite, Thierry de SAINTE MARIE, champion d’Europe et membre du club France 2016.

Guy LASSERRE, champion du monde.

Jérémie TIGNEL, déjà sur le podium en DN1 et Quentin ROBERT, champion d’Europe et vice-champion du monde junior, une étoile montante du bridge Français.

Jean-Luc AROIX (à droite) et Pierre FRANCESCHETTI (à gauche), les partenaires des deux précédents, top niveau français également.

A noter que Jean-Luc a décidé de manger son chapeau s’il ne remontait pas illico en DN1 !

D3
D108
1065
V10842
AR10876
5
7
A9763
95
AR42
ADV943
5
V42
V9763
R82
RD
ONES
-1-
1♠-2-
3♣-3SA-
4♠fin

Donne 1

Bruno joue 4♠, la défense ne dérape pas : dix levées, 420 et une mauvaise note de 21%.

D865
74
1053
V632
AV7
AV632
R6
A85
R10
D1095
9874
RD7
9432
R8
ADV2
1094
ONES
---
1-2♣-
2SA-4fin

Donne 2

2♣ : Drury.

Sans doute le seul coup sans intérêt du week-end : 4 +2 : une paire joue 3SA +2 et une autre 6 = sur deux impasses qui marchent. Moyenne intégrale.

973
83
982
V10962
D102
DV62
AV5
AR4
R864
R75
R763
D8
AV5
A1094
D104
753
ONES
-
1SA-2♣-
2-3SAfin

Donne 3

Bruno joue 3SA et prend bien le coup (petit Pique vers le 10 et plus tard l’impasse à Carreau) : 81%… surprenant.

Donne 4

Je joue 3SA, en Est :

109876
AD74
3
R53
AR
V108
DV64
AD109
ONES
1SA-
2♣-2-
3-3SAfin

3 : chassé-croisé : cinq Piques et quatre Cœurs.

Entame du 5 de Carreau pour le 7 en Nord.

Vous pourriez être tenté de laisser passer.

Ca ne serait pas une bonne idée. Visiblement, Sud a entamé sous As-Roi, donc cinquièmes (on entame de l’As avec As-Roi quatrièmes). Si vous laissez passer, Nord rejouera Carreau pour votre Valet et le Roi de Sud, qui n’aura qu’à attendre que Nord reprenne la main pour faire tous les autres Carreaux.

Vous savez que vous êtes en danger de mort si l’impasse à Cœur rate mais avez-vous un autre choix ? Jouer sur les Piques nécessiterait un bon partage 3-3 ou honneur second dans une main et que Nord ne puisse pas prendre la main dans l’opération. C’est bien peu probable. Vous faites donc benoîtement l’impasse à Cœur. Elle rate et la défense encaisse quatre levées de Carreau : une de chute, 40% car le coup a été filé à cinq tables, Dieu seul sait comment car les Piques ne roulent pas non plus.
DV42
R3
987
7642
109876
AD74
3
R53
AR
V108
DV64
AD109
53
9652
AR1052
V8

Donne 5

Nord-Sud vulnérables, Nord donneur. Vous êtes en Ouest avec :

Ouest
  • AR5
  • R83
  • DV1086
  • 75
ONES
--1
?
Il n’y a que cinq cartes à Carreau, mais :

  • vous êtes vert contre rouge.
  • Sud a ouvert en troisième et votre camp peut être majoritaire.
  • Vos Carreaux vous mettent à l’abri d’un contre punitif.

Sans être qualifiée d’obligatoire, l’intervention est raisonnable. En tout cas, c’est le choix de Bruno et il s’en porte fort bien :

DV1072
V62
R2
862
AR5
R83
DV1086
75
943
D7
A754
RV93
86
A10954
93
AD104
ONES
--1
223fin
Entame à Pique prise, purge des atouts et Trèfle pour Sud, qui rejoue Pique, pour le Roi. Re-Trèfle pour Sud qui n’a plus de Pique et doit filer une levée. Rémi Legras rejoue correctement un petit Trèfle sous l’As mais Bruno ne se trompe pas et défausse son Pique : +1, 130, 69%.

Donne 6

Est-Ouest vulnérables, Est donneur. Vous êtes en Est avec :

Est
  • 4
  • DV107
  • AR642
  • R97
ONES
1-
11♠?

Votre ouverture est minimum, mais le singleton à Pique peut laisser craindre une brutale élévation des enchères et un nombre important de levées totales. Pour aider votre partenaire à prendre la bonne décision tout en enlevant des paliers d’enchères à votre adversaire de gauche, tirez un peu sur la corde et soutenez à 3.

Malheureusement, je dis un peu paresseusement 2 et c’est la catastrophe.

RV1053
A9
93
D865
A87
R8542
V7
V42
4
DV107
AR642
R97
D962
63
D1085
A103
ONES
1-
11♠23
-3♠fin
Nous laissons jouer 3♠ pour une de chute (entame As de Carreau et retour Cœur) alors que nous avons 4 sur table (en affranchissant le cinquième Carreau, sans difficulté avec les atouts 2-2, la défense ne pouvant pas toucher aux Trèfles).

Un score de 19% sanctionne ma mauvaise enchère.

Donne 7

Tous vulnérables, Sud donneur. Vous êtes en Nord avec :

Nord
  • R10962
  • 64
  • A
  • AD1083
ONES
-
-1♠-2♠
-?

Les mains 5-5 deviennent très puissantes lorsqu’elles sont soutenues et je ne passe jamais sur cette séquence avec cette distribution. En match par quatre, je joue les enchères d’essai à la « Meckstroth-Rodwell » : je déclare la manche puis j’essaie de la gagner ! Par paires, on est un peu plus prudent et une simple proposition suffit. Bruno et moi avons réservé les enchères d’essai à la couleur pour les mains de chelem. Du coup, 2SA est le seul essai disponible pour la manche. Je ne manque pas d’en informer mon adversaire de gauche. Comme il est maximum et que mon enchère exclut le chelem, Bruno conclut à 4♠ et le mort s’étale :

R10962
64
A
AD1083
D85
DV7
87643
R7
ONES
-
-1♠-2♠
-2SA-4♠
fin

Est entame de l’As de Cœur pour le 8 d’Ouest.

Votre adversaire (Erick Mauberquez, membre du club France), réfléchit très longuement et finit par rejouer le 5 de Carreau, pour la Dame d’Ouest et votre As.

Vous rejouez Cœur pour le Roi d’Est (le 9 en Ouest) et celui-ci joue le Roi de Carreau, que vous coupez.

C’est probablement Est.

Attaquer les Carreaux du fond du court sous le Roi ne se justifiait pas vraiment sur la seule crainte d’une défausse possible sur la Dame de Cœur. En revanche, avec le Roi de Trèfle second au mort, le flanc atout semblait a priori plus naturel. Donc, si Est n’a pas joué Pique, c’est par crainte de se faire prendre quelque chose et ce quelque chose est sans doute le Valet. Vous laissez alors filer le 9 de Pique et, quand il pousse à l’As, c’est dans la poche, le Valet de Trèfle n’ayant pas le mauvais goût de faire de la résistance.

88% récompensent ce coup psychologique car vous n’êtes que six dans la salle à faire dix levées, que ce soit au contrat de 3♠ ou de 4.

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Professeur agréé par la F.F.B, Marc Kerlero enseigne le bridge depuis 1980. Il est l'auteur de 14 ouvrages, dont plusieurs best-sellers et a été rédacteur en chef d'Objectif 13 puis de Bridgerama. Il a été champion d'Europe junior en 1984, vice-champion de France de division nationale I en 2004 et champion de France de division nationale II par quatre en 2014.